Juillet est si serein sur les rives nantaises qu’il en ferait presque oublier les combats de l’ombre. Le rendez-vous est fixé au 25, quai de Versailles. Les quelques minutes d’avance nous permettent de nous remémorer quelques mots et sensations familières relus il y a peu. « J’ai longtemps hésité à écrire sur la femme. Le sujet est irritant, surtout pour les femmes ; et il n’est pas neuf. » La phrase est de Simone de Beauvoir. Elle date de 1949 et ouvre Le Deuxième Sexe. Comment expliquer qu’un demi-siècle plus tard il faille encore écrire sur ce sujet « irritant » et citer Beauvoir ? Comment faire entendre aux jeunes filles en fleur d’aujourd’hui que la femme actuelle n’est le fruit que de luttes acharnées contre une société corrompue par un diktat ancestral : la femme est l’Autre, l’inférieur ? Les questions sont nombreuses. Elles ne surviennent malheureusement que trop rarement. Car les esprits sont frileux, aveugles parfois, effrayés souvent par celles qui luttent : les féministes. Depuis quelques mois, elles reviennent sur le devant de la scène. Critiquées, égratignées, mais parfois admirées (heureusement), elles ne montent pas au créneau qu’une fois par an lors d’une journée gentiment concédée. Être féministe est une affaire à mener au quotidien. Au 25, quai de Versailles c’est ce féminisme-là que les six salariées de l’Espace Simone de Beauvoir et les 25 associations adhérentes font vivre jour après jour.