Publié le 13 mars 2005

Fabien Leduc


Le film documentaire de Patric Jean, « La raison du plus fort » nous emmène dans les prisons et dans les quartiers défavorisés de France et de Belgique. Il cherche à nous montrer ce que, selon lui, les Etats veulent rendre invisible aux yeux de la bourgeoisie : la misère.


-  « Quelle drôle d’époque ! Que sommes nous en train de faire ? Avons-nous perdu la raison ? »

Patric Jean assiste comme nous à la libéralisation du marché. Une entreprise se délocalise, des centaines de personnes se retrouvent au chômage. Ces personnes aux difficultés financières plus ou moins prononcées se retrouvent concentrées dans ce que les pouvoirs publics appellent des logements sociaux.

Vieille d’un phénomène des années cinquante et soixante, la construction de barres et de tours dans les banlieues était au profit d’une ouverture et d’une volonté d’enrichir le centre ville. Ce sont donc les individus de classes ouvrières et d’origines immigrées que l’on a rassemblés parfois autour des usines même, dans des cités.

C’est la ghettoïsation à la française

Le film expose très bien la montée de la délinquance au sein de ces quartiers et démonte toute théorie raciste. Nous sommes dans une société de consommation ou la publicité est reine. C’est ce matraquage publicitaire dans les médias qui joue un grand rôle de ce développement de la violence en trois phases. Les populations défavorisées sont submergées de publicité pour des produits tentants qu’elles n’auront jamais les moyens d’acheter, d’où la première phase : la frustration. La seconde phase est l’angoisse de ne jamais s’en sortir, que la frustration soit interminable. C’est à partir de ce moment-là, troisième phase, que les premières violences apparaissent. Violences physiques ou morales par le vol ou la casse qui terrorisent nos sociétés modernes.

Alors on enferme

Les Etats construisent des prisons. Logique, c’est le fait d’études sociologiques, plus il y a de chômage et plus il y a d’individus à enfermer. Le taux de chômage a atteint en France 10% (janvier 2005). Parallèlement le nombre des détenus ne doit sa baisse par rapport à janvier 2004 que par une grâce présidentielle plus large en juillet et à un changement des modes de calculs. Les records de détention ont encore été dépassés atteignant les 59197 prisonniers en janvier dernier (2005) soit une augmentation de 25% depuis 2001.

Omission

En conséquence, le racisme se développe par simplisme et par la superficialité de l’information fournit par de grands médias. Nous en oublions presque notre histoire ; au moment où l’on fête les 60 ans de la libération du camp d’Auschwitz, sont organisées à Bruxelles des rafles pour ficher les jeunes issus de l’immigration et plus particulièrement du Maghreb sans même qu’ils aient commis d’actes illégaux.

Patric Jean nous propose un film plein de réalités difficiles mais aussi empli de vitalité. Il dénonce un système carcéral incohérent, une insalubrité des logements sociaux, la concentration des populations défavorisées et pose quelques questions. A l’heure où l’on parle de sécurité, où l’on dépense des millions d’euros dans des cameras de vidéosurveillance, la solution ne serait-elle pas tout simplement de lutter efficacement contre le travail précaire et le chômage ? La solution ne passerait-elle pas par un développement de la mixité sociale ?

Seuls les plus forts peuvent en raisonner.

Fabien LEDUC