Publié le 13 décembre 2013

Gwen Bretagne

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L’Édito du festival univerciné 2013 de Jan Rhein, directeur du Centre culturel franco-allemand, s’intitule « un air de famille ». Et dans « Chasse fermée », film israélo-allemand de la jeune réalisatrice Franziska Schlotterer projeté au cinéma Katorza en novembre dernier à Nantes, le désir de fonder une famille est plus fort que tout. Comment Fritz et Emma, un couple de paysans, peuvent-il assurer leurs arrières, lorsque la nature ne leur permet pas d’avoir des enfants ? En temps de guerre, d’étranges marchés semblent bel et bien permis.

En 1942, en pleine chasse, Fritz rencontre fortuitement Albert, un jeune juif en fuite sous la pression nazie. Le paysan décide de le protéger et lui propose, en échange, de lui donner un héritier. Malgré ses convictions catholiques évidentes et le contexte historique hostile à la communauté juive, Fritz contraint donc Albert de coucher avec sa femme. Emma n’est pas du tout d’accord, mais son avis importe peu. Cette dernière, finalement soumise, est alors bien agréablement surprise, lorsque sa relation avec le jeune israélien lui permet de découvrir une face jusqu’alors totalement ignorée de sa féminité. Les rapports entre Albert et Emma se font d’abord dans la douceur, mais bientôt une véritable passion les accapare.

Passion, émotions en tensions

Franz est soudainement aux abois, envahi par la jalousie. Son pouvoir sur sa femme s’étiole. Quant à Albert, il se sent oppressé, sa vie étant constamment menacée de toutes parts. Il se doit d’être loyal face à Franz, son sauveur et contraint Emma à vivre une aventure totalement contradictoire. Elle finira par se sentir utilisée et humiliée par ces hommes qui l’entourent et qu’elle aime malgré tout. Très vite, émotions et tensions règnent à la ferme. Les revers de cette histoire vont changer les destins de ces trois personnages, et bien sûr celui de l’Héritier qui naîtra de cette relation triangulaire. Ende der Schonzeit, c’est la fin de la période où Albert est protégé par Fritz et Emma, car il est finalement dénoncé.

Un film poignant récompensé par le public nantais

Tournée au cœur de la forêt noire, dans une ferme reconstituée pour correspondre parfaitement à l’époque de la seconde guerre mondiale, cette histoire s’attache aux relations humaines, plutôt qu’à l’aspect historique de la guerre. Mensonges, jeux de pouvoir, religion, morale, délation, violence physique et traumatismes psychologiques viennent alimenter ce drame sous couvert d’égoïsme. Formidablement interprétée par Brigitte Hobmeier – César de la meilleure actrice au festival du film de Montréal (Emma), Hans-Jochen Wagner – qui a dû perdre dix kilos pour ce rôle (Fritz), Christian Friedel (Albert) et Thomas Loibl (dans le rôle de Walter, le chef nazi), Chasse fermée a séduit ses spectateurs. Le prix du public nantais du festival de cinéma franco-allemand a récompensé un film poignant. Avant cela, ce long-métrage avait déjà reçu de nombreux trophées, notamment aux festivals du cinéma canadiens de Montréal et allemands de Lünen et Ludwigshafen.

Gwenaëlle Bretagne