Publié le 16 octobre 2005

Charlotte Houang


Les frères Dardenne n’ont rien de semblable. Luc est bavard, Jean-Pierre ne l’est pas. Sans être désagréable, ils n’ont rien de sympathique. Pendant que Luc cherche quelqu’un du regard dans le public, Jean-Pierre démêle les fils du micro avant de se concentrer sur ses chaussures. Du coup le public, venu assister en masse à l’avant première de "l’enfant", est intimidé. Ca doit être cette double palme. Car l’admiration collective pour les deux frangins est palmable...

"Comment travaillez-vous en binome ?"

"Dommage qu’on soit en France. A l’étranger, on aurait fait un signe à notre traducteur qui aurait répondu pour nous". Ils se plient finalement à l’exercice. "On ne sort pas d’école de cinéma, on n’a pas de techniques particulières. Quand on réalise un film on ne forme plus qu’une seule et même personne".

La direction d’acteurs est volontairement "molle". "Les acteurs sont très libre, on ne répète pas comme au théâtre, ils visitent les décors avant le tournage pour s’imprégner mais c’est tout". Ils ajoutent qu’"Avec les acteurs, 80% du travail est fait quand on les a choisit qu’ils soient professionnel ou non".

Les Frères Dardenne ont commencé par réaliser des documentaires avant de se lancer au cinéma d’où l’aspect très réaliste et militants de leurs films. "On cherche à montrer quelque chose, on filme ces gens hors de la société car on a de l’empathie pour eux". "Mais on ne veut pas pour autant faire une copie de la réalité, cette situation de survie social et économique est juste un arrière plan".

Un conte social

L’enfant devait s’appeler "La jeune fille au landau". L’idée du film vient " d’une jeune fille de 15, 16 ans qu’on a aperçu pendant le tournage du "fils" à Serain (Belgique). Elle poussait un landau très violemment, comme si elle voulait s’en débarrasser ". "On a souvent reparlé de cette fille, mais c’est finalement devenu l’histoire de Bruno, comment prendre ses responsabilités, comment devenir père ?".

Les Dardenne décrivent volontiers "L’enfant" comme un conte. Et si ce film n’a, à première vue, rien de commun avec les histoires censées bercer les enfant, la construction de l’histoire s’en rapproche étrangement : " Bruno aime Sonia mais quelque chose chez lui n’existe pas, il n’a pas de sentiments puisqu’il va jusqu’à vendre son enfant, il vit comme un autiste dans ces magouilles". "Il devient responsable quand il sauve le jeune garçon de la noyade mais il doit pour ça passer, comme dans les contes, par une série d’épreuves pour y arriver. Il dort très longtemps puis subit une profonde mutation".

Quant à la paternité chez les Dardenne... "Celui qui filme n’est pas celui qui vit, c’est impossible d’expliquer un film par sa vie à soi". "Mon père a essayé de nous vendre mais n’a pas réussit".

Charlotte Houang