Publié le 9 août 2005

Pascal Couffin


Rendez-vous populaire, le festival Les Escales dans le port de la ville de St-Nazaire sait concilier exigence artistique et accessibilité au plus grand nombre. Ainsi grâce à des entrées d’un coût modique, familles nazairiennes, touristes, jeunes apprécient chaque année les musiques venues des quatre coins de la planète pour deux jours de festivités.

Quelques têtes d’affiches et beaucoup de découvertes. C’est le cocktail réussi par le Festival Les Escales à St Nazaire. Ainsi Cheb Mami, Rachid Taha et Ridan ont attiré le public. Vendredi soir sous la belle grande halle en bois, se produisit Rachid Taha. Son dernier album « Tékitoi » est un retour très rock. Il signe ainsi une reprise très réussie du « Rock de Casbah » des Clash. Toujours un peu déchiré sur scène, Rachid Taha est borderline mais toujours soutenu par ces musiciens : « ses infirmiers » comme il le clamera sur scène. Engagé, il n’hésite pas à dénoncer dans ces textes l’oppression et l’exclusion dont souffrent les plus démunis.

Il n’est pas seul à livrer combat. Ridan, lui aussi, s’engage dans une lutte acharnée contre les clichés. Un rebeu qui fait de la chanson française, c’est possible selon lui. Cependant sur scène il livrera avec ses compères, un morceau hip hop, spécialement dédicacé aux maisons de disques, à la presse dominante dont le groupe TF1, qui croient que lorsqu’on est arabe, on doit nécessairement produire du hip hop. Non, ce qui intéresse Ridan, c’est la plume au service de la vie, de l’amour, du manque d’avenir, de tous les maux du quotidien. Loin d’être fataliste, Ridan aborde ses sujets avec une subversion toute poétique pour mieux livrer ses critiques sociales et ses interrogations et ainsi faire réagir. « Si tu mets un texte et une musique rentre dedans, tu fermes les oreilles à tout le monde » assène-t-il.

Sofaa, du rap de développement local

Cette volonté de toucher l’auditeur et de délivrer des messages salutaires, est également une mission assumée pleinement par le groupe Sofaa au Burkina Fasso. Tous étudiants, ils ont créé Sofaa en 1997 alors que le mouvement hip hop faisait une timide apparition sur la scène burkinabé. Désormais ils sont les fers de lance du hip hop et ont à leur actif plus d’une centaine de concerts et des trophées. Empreint des réalités locales, cette formation définit leur musique comme du « rap de développement ». Ils ont ainsi abandonné le français pour privilégier le wolof et le bambara et ainsi toucher leurs publics et leur faire prendre conscience des malversations des dirigeants africains et dire que l’espoir ne vient pas d’ailleurs mais bien d’Afrique. Très engagé, n’hésitant pas à prendre des risques, Sofaa s’implique ainsi dans des actions très sociales. Leur connaissance de la politique fait mouche et ils ont profité de cette invitation au festival pour expliquer à la presse la teneur de leur engagement. Un vent d’espoir a donc soufflé ce week end sur les Escales. Mais il reste tant à faire pour lutter contre toutes les formes de discrimination, exclusion et d’oppression.

Pascal Couffin