Publié le 16 novembre 2011

Mathilde Colas

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Au programme du festival aujourd’hui, du documentaire et de la science-fiction, portant tous deux sur l’engagement social et politique. "Les jours à venir", de Lars Kraume, transporte le spectateur en 2020 dans une contre-utopie inquiétante, où règne l’absurdité. Juste avant est projeté le documentaire "Traître à la patrie", un portrait émouvant et subtil de Paul Gratzik, écrivain ayant dénoncé ses amis et collègues à la STASI durant la Guerre Froide.

Jeudi 10 novembre, 19h. Je sors de la salle 2 du Katorza, où les films d’Univerciné sont diffusés, et les mots de Paul Gratzik résonnent encore dans ma tête : “ Pourquoi me parlez-vous de morale ? Je n’ai aucune morale... Ou du moins pas la vôtre ! ”. La première scène de Traître à la Patrie (Vaterlandsverräter) tire le portrait d’un homme amer et en colère, agent informel de la STASI pendant la guerre froide. Malgré les plaies qui restent ouvertes et la culpabilité qui le ronge, l’écrivain reste fervent défenseur d’un système déchu. Paul Gratzik s’est retourné contre le système, mais trop tard. Le documentaire d’Annekatrin Hendel montre un homme rejeté par ses deux patries : ses amis et son pays, qui aujourd’hui le voient tous deux comme un traître. Mais celui que l’on voit à l’écran n’est pas un traître. Filmée de manière intimiste, ce portrait laisse la parole à quelqu’un qui ne peut plus s’exprimer. Tout ce qu’on peut faire, c’est l’écouter, et tenter de ne pas juger trop vite un homme trahi par ses valeurs...et sa patrie.

22h. Deuxième long-métrage de la soirée, et je ressors encore avec des questions plein la tête. Les jours à venir perturbe nos valeurs politiques, sociales et intimes. Servi par un casting renommé (Daniel Brühl de Goodbye Lenin et Bernadette Heerwagen, vue dans La bande à Baader, pour ne citer qu’eux), le film nous projette en 2020, où face à la montée en puissance des inégalités sociales et du terrorisme, l’ordre du monde vire à l’apocalypse. Deux soeurs au caractère opposé se retrouvent face à de lourdes décisions : se battre pour changer les choses, ou fuir cette société qui part à la dérive. Dans le traitement de l’image et le scénario, Les jours à venir a des airs de blockbuster manichéen. Mais il s’éloigne subtilement des clichés pour donner une vision finalement peu éloignée de la réalité. Les problèmes soulevés par cet ordre ébranlé sont cruellement d’actualité, et rappellent les actes terroristes du groupe Baader-Meinhoff dans les années 1970. De la chute d’une famille à celle des idéaux, les bouleversements intérieurs qui rongent les protagonistes sont aussi ceux qui vont leur permettre de prendre leur vie en main. Ce fût donc une journée au cinéma teintée d’engagement, avec des films qui questionnent la place que l’on veut prendre dans notre société, que ce soit en se pliant aux règles ou en les combattant.

Mathilde Colas