Publié le 21 avril 2011

Giorgio Ocaña

133 commentaire(s)


C’est l’histoire d’un verre à moitié vide, mais aussi à moitié rempli. C’est moi ce verre, arrivé en France il a six ans, et, quand je suis à moitié vide, je ne suis plus péruvien et je ne serai jamais vraiment français. J’ai troqué une identité solide, bien définie, pour une drôle de posture.

Quand je suis à moitié vide et que je parle à un ami resté au Pérou, après les conventions de toujours, les sujets s’épuisent vite, la différence entre nous se fait flagrante, se creuse, et un silence embarrassant s’impose.

Quand je suis à moitié vide, je constate que je perds peu à peu ma langue maternelle, que je l’abandonne pour une autre.

Quand je suis à moitié vide, je me dis qu’une langue est surtout une façon de penser, une façon de concevoir ou de créer le monde et que donc mon monde à moi est devenu français, mais qu’il est cependant mêlé à mon passé et je finis par trouver que ça devient un vrai bazar dans ma tête.

Mais quand je suis à moitié rempli, je me trouve riche car j’ai deux cultures, je maîtrise deux langues et que donc je peux concevoir deux mondes différents et les visiter à ma guise.

Quand je suis à moitié rempli, je me vois chanceux de pouvoir comprendre deux peuples, deux mentalités et de pouvoir surtout en tirer le meilleur de deux pour me constituer.

Puis, après avoir été à moitié vide et à moitié rempli, je me rends compte que je suis un verre rempli de deux moitiés.

Giorgio Ocaña