Publié le 2 février 2011

Marine Lomellini

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Du 24 au 28 janvier, la troupe du Répertoire du théâtre permanent et le metteur en scène Gwenael Morin redonnaient vie à Woyzeck, œuvre inachevée du dramaturge allemand Georg Büchner. Lors de la tribune libre du jeudi, les réflexions des intervenants ont soulevé la question du libre arbitre, à l’époque de Woyzeck et aujourd’hui.

Pendant un mois, la troupe du Théâtre permanent invite chercheurs, universitaires et journalistes à prendre la parole et à susciter le débat lors des tribunes du midi. Le jeudi, la parole est aux étudiants : avec la pièce comme point de départ, Emilie et Emmanuel ont joué le jeu et ont exprimé leurs ressentis et questionnements.

Un bref rappel historique s’impose

Emilie, étudiante en histoire, prend la parole pour rappeler le contexte. Pièce écrite en 1837 par Büchner, Woyzeck est inspirée de l’affaire Johann Christian Woyzeck, ancien soldat, sans emploi, accusé d’avoir poignardé son amante.

A l’époque de Büchner, l’Allemagne est un état fédéral. Les paysans, soumis aux pouvoirs des grands ducs, vivent dans une extrême misère. L’auteur, encore jeune à l’époque, évolue dans une famille traditionnelle bourgeoise. En 1833, dans une lettre à ses parents, Büchner affirme qu’il considère pour l’heure « toute tentative révolutionnaire comme une entreprise vaine ». Le jeune auteur est entièrement convaincu que le rapport de force est nécessaire pour permettre un réel changement de la société et que la révolution doit venir d’un soulèvement des masses et non de celle des élites. Homme révolutionnaire et matérialiste, il pensait que la misère des pauvres provenait de leurs conditions de vie.

Woyzeck, l’homme cocu, tue sa femme Marie. On peut se demander si Woyzeck a été libre dans sa décision ? La capitaine, figure d’autorité, lui répète sans cesse : « Woyzeck, il n’a pas de vertu, il n’est pas un homme vertueux », ce à quoi lui répond Woyzeck : « Mais si j’étais un monsieur et si j’avais un chapeau, une montre et un lorgnon, et si je savais parler comme il faut, j’aimerais bien être vertueux. Ça doit être bien d’avoir de la vertu, mon Capitaine. Moi, je suis un pauvre type  ». Sa façon d’agir et de penser lui est dictée constamment. Woyzeck est une figure de la précarité qui subit une aliénation.

Etre libre de ses choix, hier comme aujourd’hui

Pour Émilie, la pièce pourrait se rapporter à notre société capitaliste moderne : « La société nous fait croire que les travailleurs doivent être redevables. On n’arrête pas de répéter que les individus ont toujours le choix. C’est facile de monter les gens les uns contre les autres ». Woyzeck tue Marie, sa semblable, car il l’associe à son malheur. Il sait que sa situation est injuste et retourne sa révolte contre sa femme. A-t-il eu le choix de penser autrement ? « C’est comme les parents qui travaillent en 3/8. Est-ce qu’ils ont le temps de vérifier si leurs enfants sèchent les cours ? Prenez l’exemple de la nouvelle loi sur les allocations familiales  ».

Au tour de Gwenaël Morin de prendre la parole en rappelant les idées d’Hannah Arendt, philosophe allemande, à l’époque du procès de Nuremberg : « On vous demande, le flingue sur la tempe, de dénoncer votre ami, votre famille. A-t-on vraiment le choix ? Hannah Arendt pense qu’il est encore possible de ne pas dénoncer. La responsabilité doit être à la hauteur de la personne ». Le libre arbitre est inaliénable.

Pour terminer cette tribune, Emmanuel choisit de lire quelques textes sur la misère humaine et le cocufiage (sic) qui l’ont inspiré, comme La grasse matinée de Prévert ou la chanson A l’ombre des maris de Brassens avec son sempiternel refrain : « Ne jetez pas la pierre à la femme adultère, je suis derrière ». Il clôture la séance par un extrait du Pater Noster de Prévert.

"Notre Père qui êtes au cieux Restez-y Et nous nous resterons sur la terre..."

Marine Lomellini

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-  Site du Théâtre Universitaire de Nantes